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A propos des occupations traditionnelles



V.V.: Maintenant, on a fait une association. On
leur laisse la terre et l’automne venu on vous
donne… Depuis que j’ai donné la terre, une fois,
j’ai reçu et puis… cet automne on m’a encore
donné, mais pas grand-chose !
I.P.: Mais pourquoi ? Il n’y a pas eu de récolte ?
V.V.: Ils n’ont pas donné.
I.P.: Mais vous n’avez pas de contrat ? Vous
n’avez pas convenu d’un contrat ?
V.Va.: Ils ne le respectent pas…
I.P.: Alors ce ne sont pas des Messieurs, c’est
comme les communistes, pardon, comme au
kolkhoze !
V.V.: C’est pire, c’est pire ! Du temps de
Ceausescu ça allait mieux. On avait laissé notre
terre, là… on avait ce qu’il faut, on nous donnait
notre dû, on avait deux bagnoles alors… encore un
peu et on achetait la troisième.
I.P.: Quelles bagnoles, des voitures ou des machines
pour les champs, pour travailler ?
V.V.: Des voitures! Des automobiles!
P.P.: Des Dacia.
V.V.: Des Dacia, des Dacia!...
I.P.: Et pourquoi est-ce que c’était mieux alors?
Parce que vous étiez plus jeunes et que vous pouviez
travailler…
V.Va.: On était plus jeunes et on travaillait.
Maintenant ça ne va plus.
I.P.: Regardez les jeunes, au village, s’il y en a
encore. Il y a encore des jeunes ?
V.V.: Y en a pas et ils n’ont rien, ils ne peuvent
pas rester sans boulot...
V.Va.: Comme si les jeunes, maintenant, allaient
encore travailler.
I.P.: Et qu’est-ce qu’ils font?
V.V.: Ils font douze années à l’école, ils vont…
au lycée, à l’université…
V.Va.: Il est difficile le travail ici chez eux...
Alors, y avait la coopérative. On y allait, on travaillait.
Ceux qui voulaient… et sinon… comme maintenant,
y en a qui ne travaillent pas, y en a qui ne
veulent pas…
P.P.: Mais si vous étiez jeunes, maintenant,
avec votre terre récupérée, la vie serait sans doute
meilleure…
V.Va.: Oui, meilleure, si on travaille…
P.P.: Et tout le revenu irait dans votre poche.
V.Va.: Oui !... A la coopérative, alors, on donnait…
On recevait ce qu’ils vous donnaient.
P.P.: C’était selon les journées…
V.Va.: Les journées travaillées, oui…
I.P.: Et vos enfants, ils sont à Bucarest ?
V.V.: Oui !
I.P.: Et ils ne reviennent plus vivre ici ?
V.V.: Oh, jamais de la vie !
V.Va.: Qui veut venir !
I.P.: Mais ils ont leur maison là-bas, leur logement
?
V.V.: Oui, ils ont leur maison.
I.P.: Y en a encore qui font des maisons en
torchis ?
V.Va.: Y a un gars par là qui en a une, mais
non ! Avant on en faisait encore, mais maintenant
on n’en fait plus.
I.P.: Et alors, y a-t-il encore des Tsiganes qui
confectionnent des briques en torchis ?
V.Va.: Plutôt pas… Ils ne font plus des briques.
Ils ont tout modernisé.
I.P.: Et de quoi vivent-ils ces Tsiganes ?
V.Va.: Ils sont partis après des emplois.
I.P.: A Bucarest ?
V.Va.: La plupart bossent à l’entretien des
espaces verts.
V.V.: Des espaces verts. Mais jusqu’ici… ils
étaient pauvres.
V.Va.: Ils ne travaillent plus maintenant à faire
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A propos des occupations traditionnelles
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des briques, comme avant… Avant, tous les Tsiganes
faisaient des briques : maintenant, ils ont
tous des briques en béton.
V.V.: Avant ont tissait… maintenant, on ne
tisse plus.
I.P.: Mais le métier à tisser, vous l’avez toujours.
V.V.: On a fait le feu avec !
I.P.: Pourquoi, pour vous chauffer ?
V.V.: A quoi bon ?
V.Va.: Ils ont tous pris l’habitude… on va au
magasin et hop !
I.P.: Mais vous avez encore chez vous des affaires
que vous avez tissées.
V.V.: J’ai les tapis… j’avais fait des tapis pour
les donner à ma fille … ils sont empilés là, derrière,…
I.P.: Vous ne les avez même pas utilisés, c’était
pour la dot de la fille !
V.V.: Toute ma vie, j’ai cousu, j’ai tissé…
I.P.: Vous avez aussi filé la laine?
V.V.: Mais comment non, la laine, le chanvre,
quand y en avait, pour filer... est-ce qu’elle sait encore
faire tout ça, ma fille ?
I.P.: Alors, vous avez tissé du chanvre?
V.V.: J’ai tissé, oui, j’ai tissé. Le chanvre on le
mettait dans le lac, pour qu’il rouisse...
I.P.: Mais le chanvre, qui le cultivait? On le cultivait
ici, au village ?
V.V.: On en faisait, n’est-ce pas, Vasile, qu’on
en faisait?
V.Va.: Oui, c’est vrai, chez nous, qu’on en faisait.
I.P.: Mais vous savez que maintenant, le chanvre
est hors de prix. Personne ne plante plus de
chanvre ?
V.V.: Noon… Personne ne fait même plus de
couettes. On faisait des couettes, il n’y a plus de
couettes, ni de faiseuse de couettes. On achète du
tout fait.
I.P.: Vous aviez une matelassière qui faisait des
couettes, ici, au village ?
V.V.: Mais comment donc… Y en avait, bien
sûr.
V.V.: L’une d’elles est morte, c’étaient deux
soeurs.
I.P.: Et personne ne fait plus rien à la main?
V.V.: Eh, oui... je tissais avec des dessins… je
tissais des couvertures de laine et des tapisseries,
avec beaucoup de fils… Avec douze couleurs… J’ai
fait ça, mais je n’en ai plus ! J’en ai fait toute ma
vie, mais … c’est fini.
I.P.: Les vêtements, vous les achetez à la ville,
au magasin ou comment ?
V.V.: Bien sûr.
I.P.: Mais des vestes de laine tricotées, on n’en
fait plus ? Personne ?
V.V.: Personne, j’avais même une machine à
coudre manuelle, pour coudre, parce que j’avais
trouvé du boulot chez « Favorit »… On me donnait
à faire des tricots, on me donnait à faire…. de
tout… La voilà, dans le coin, là, qui y touche ? Ma
fille n’a même jamais essayé… Elle est partie pour
Bucarest depuis qu’elle a fini l’école. Pour tricoter,
ça, elle tricotait avec des aiguilles, la première
année, quand elle est partie… elle faisait des
laines… Mais de temps en temps…
A.P.: Le pull que vous avez, c’est vous qui
l’avez fait?
V.V.: Oui, nous en avons beaucoup...
A.P.: Vous ne faites même plus de bas de
laine?
V.V.: On ne fait plus de bas de laine,… On en
achète… Mais il n’y a plus de laine, maintenant. Y
a même plus de laine.
I.P.: Mais la laine provenait des moutons du
village ou du magasin?
V.V.: Des moutons, des moutons, bien sûr.
I.P.: Alors, vous aviez des moutons.
V.V.: Chacun avait ses moutons. Oui. On avait
des moutons, nos parents avaient des moutons.
I.P.: Combien de moutons avait une famille
aisée ?
V.V.: Même maintenant, chacun a un mouton
ou deux…
V.Va.: Alors on en avait une cinquantaine,
mais maintenant… personne n’en a plus. On les a
« supprimés ». Ils n’ont plus voulu s’en occuper
et ils les ont vendu ou tués… Où voulez-vous qu’on
aille les faire paître ! Puisqu’il n’y a plus d’endroit
où les faire paître…
V.V.: Le pré est loin…
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I.P.: Mais ce pré, justement, je voulais vous le
demander, ce pré, est-ce que le village l’utilise encore
?
V.V.: Ah, oui, pour les vaches, on les emmène
à la journée.
V.Va.: Oui, mais c’est la mairie qui donne l’autorisation
pour les vaches. C’est là qu’on vous
délivre le papier. A partir du 1er mai.
A.P.: Et jusqu’alors, chacun nourrit sa vache
chez lui ?
V.Va.: Oui ! Tu paies l’impôt à la mairie. Alors
la mairie te donne la permission.
A.P.: Et chacun fait paître sa vache ou bien on
les assemble toutes et on les fait paître…
V.Va.: Noon, tu y vas avec tes vaches et on les
rassemble toutes et arrive un gardien de troupeau
ou deux et… il les garde. Et on paie le gardien. Le
soir, il les lâche et elles rentrent chacune à la maison.
I.P.: Alors, vous payez l’impôt à la mairie et
vous payez aussi le gardien.
V.Va.: Mais oui, bien sûr… Il s’en occupe
jusqu’à l’automne…
I.P.: Et quel était le prix jusqu’ici ?
V.Va.: Pas beaucoup, trois cent mille.
I.P.: Par mois, ou pour toute l’année ?
V.Va.: Par mois. Toute l’année, jusqu’en
novembre.
V.V.: Et à manger tous les jours. Et des produits
pour l’hiver.
P.P.: Les produits vous les donnez à tour de
rôle ou…
V.V.: Non!
V.Va.: Chez nous, pour lui porter à manger... y
en avait chaque jour deux, qui y allaient.
I.P.: Non, je parlais du blé et du maïs que vous
lui donniez…
V.V.: L’automne, l’automne…
V.Va.: Ah, oui, on lui donne ça aussi. Deux
boisseaux. Un de maïs, un de blé.
I.P.: Si j’ai bien compris, vous n’avez même
plus de vache…
V.Va.: Je n’ai plus rien.
V.V.: Voilà deux années qu’on en a plus… On
a donné le cheval, parce qu’il était un peu
malade… et après… s’il était malade, on s’est dit
qu’il valait mieux le garder encore une année… et
la vache est morte aussi. Elle est rentrée du pré…
et puis…
V.Va.: Je ne pouvais plus travailler, on m’a
opéré des jambes alors, en 2000, je ne pouvais
plus…
I.P.: Mais quel était votre travail avant l’opération?
V.Va.: Aux champs...
V.V.: Du temps de la coopérative, il était conducteur,
on appelait ça comme ça...
A.P.: Et qu’est-ce qu’ils ont encore les gens,
comme animaux? Des cochons ? Ils élèvent des
cochons ?
V.V.: Oui, ils élèvent des cochons. Nous en
élevons aussi… Pour nous, pour les enfants….
A.P.: Qu’est-ce que vous avez comme volailles
? Des poules seulement ?
V.V.: Des poules et des coqs, pêle-mêle…
A.P.: Pas de canards, pas d’oies?
V.V.: Non, y en a pas...
I.P.: Mais des dindes ? Le village était plein de
dindes…
V.V.: Ça y en a encore, mais elles sont dingues,
celles-là, elles s’envolent… ce n’est pas comme les
poules…
V.V.: Les oies, il faut les emmener à l’étang, si
on ne les emmène pas à l’étang…
V.Va.: Il leur faut de l’eau. Sans eau, tu perds
ton temps…
A.P.: C’est donc ça... Mais pourquoi les gens se
cassent-ils la tête avec les dindes ? J’allais vous le
demander. En quoi sont-elles meilleures que les
poules ?
V.Va.: C’est une volaille qui pousse plus grosse.
V.V.: Non, mais il n’y en a pas beaucoup qui
en ont...
I.P.: Les dindes se promenaient dans la rue, libres
!
V.V.: C’est celles du voisin de là-bas.
I.P.: C’est vrai ?
V.V.: Oui... son fils, à lui, travaille à l’élevage
de poussins et il en apporte... de toute sorte.
I.P.: Ensuite, il les élève.
V.V.: Oui, bien sûr.

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