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Au sujet du métier de maréchal-ferrant et au sujet du boyard Dinu Stolojan





Informateur : Vasile Ion Varlaam, maréchal-ferrant, village de Hereşti
Chercheurs : Petre Popovăţ, Ciprian Voicilă
Date de l’entretien: le 9 mai 2007.
V.I : Je suis Vasile Ion, maréchal ferrant depuis mon enfance. Maintenant j’en ai quatre-vingt-trois. C’est le vieux qui m’a appris le métier. Mon père. Et lui, tenait ce métier de son père.
P.P. : Dites-moi, qu’est-ce que vous ferriez avant ? Vous ne vous occupiez que de maréchalerie ou d’autres choses du même genre aussi ?
V.I. : On ferrait aussi les bœufs, c’était comme ça au temps d’avant, les bœufs des gens qui venaient, ils allaient avec à Bucarest. Ils y allaient, on ferrait le bœuf au sabot. On les flanquait par terre et on posait les fers.
P.P. : Mais est-ce que vous avez jamais ferré un âne ?
V.I. : Oui, j’en ai ferré, c’est simple de poser des fers à un âne. Si vous vous tromper d’un clou, vous l’enlevez, vous lui mettez un peu de pétrole si le clou l’a blessé, vous lui mettez du pétrole et vous sortez le clou. Après ça, il n’a plus rien.
P.P. : Et pour les carrioles, que faisiez-vous, toute la partie en fer ou seulement le cercle?
V.I. : Le cercle. Vous le découpiez et c’était trop grand. Vous le coupez et vous le mettez au feu, vous l’avez bouilli.
P.P. : Mais dites-moi un peu, les fers à cheval, vous les achetiez au magasin ou vous les faisiez vous-même ?
V.I. : Non, je les fais, moi. On les fait toujours de la même façon. Voilà, d’une plate-bande en fer, on la met en deux et ça vous fait deux fers à cheval d’un petit morceau comme ça. C’est l’homme qui apporte la plate-bande, moi je n’avais pas de fer.
P.P. : Et vous avez travaillé seul ou avec des aides ?
V.I. : Non, seulet.
P.P. : Vous pour le soufflet, et vous encore pour la masse.
V.I. : Oui. Ma bru m’aide des fois pour le soufflet.
P.P. : Mais avant le temps, avant le temps je dis, quand les chevaux étaient sauvages, personne ne leur posait de fers et ça ne s’usait pas. Qu’est-ce qui se passe si on ne ferre pas le cheval ? Ça s’use et il lui arrive quoi ?
V.I. : Ça s’use et il boite, il ne peut plus marcher. On doit les ferrer tous les deux mois, un mois et demie on les ferre.
C. V. : Vous vous souvenez, dans votre enfance, de ce que les gens pensaient, de ce qu’ils disaient de Dinu Stolojan ?
V.I. : Au fait, c’était un honnête homme. Il allait travailler, il venait avec ses petits bœufs que je les ferre.
P.P. : Et il vous payait ou il vous donnait quelque chose en échange ?
V.I. : Il nous donnait de la paille, il nous donnait du bois de la forêt. Je me rappelle qu’il nous en donnait.
P.P. : Mais là je ne comprends toujours pas, comment on flanque le bœuf par terre pour arriver à le ferrer ?
V.I. : Le bœuf, on lui met une cordelette sur la tête, vous lui en  mettez une dans un sens et une dans l’autre, une dans l’autre et il est déjà tout embrouillé, avec les pieds pliés.
P.P. : Mais les chevaux rétifs, qu’est-ce que vous en faisiez ?
V.I. : Pareil, je les flanquais par terre, les chevaux, je les ancrais bien, uniquement les rétifs. Je les ancrais bien, y ne pouvaient plus remuer les jambes et nous frapper, et je leur posais les fers quand ils étaient couchés par terre.
P.P. : Et combien de maréchaux-ferrants il y avait ? Combien de maréchaux-ferrants y avait-il dans le village voilà une cinquantaine d’années, quand vous étiez enfant ?
V.I. : Y en avait quelque chose comme quatre artisans.
P.P. : Du temps des communistes, vous avez posé des fers aux chevaux du kolkhoze ? Combien de chevaux ils avaient environ ?
V.I. : Ben ils avaient quelque chose comme quarante chevaux. Ils avaient des carrioles, des harnais. Je leur posais les fers à la forge, comme c’était du temps d’avant, au kolkhoze.
P.P. : Ils vous obligeaient de les ferrer ?
V.I. : Non, ils nous marquaient nos journées.
P.P. : Combien de journées de travail pour une ferrure ?
V.I. : Huit fers à cheval par jour. Oui, huit petits fers par jour. Et quatre fers de charrue par jour, encore par jour.
P.P. : Et vous étiez contents ?
V.I. : Ben quoi faire ? On n’avait pas quoi faire.
P.P. : Et les gens ils vous payaient en argent ou en produits ?
V.I. : Non. C’étaient toujours des pourcentages.
P.P. : Non, maintenant.
V.I. : Maintenant oui, avec de l’argent.
C.V. : Combien pour quatre fers à cheval, à peu près ?
V.I. : Cinquante mille la pièce.
P.P. : Vous disiez avoir appris le métier de votre père. Vous êtes resté auprès de lui. Mais au début, qu’est-ce qu’il vous demandait de faire ? Quel âge aviez-vous quand vous avez commencé ?
V.I. : J’avais quatorze ans.
P.P. : Et vous faisiez quoi à quatorze ans ? Vous frappiez avec la masse ou avec le ferratier ?
V.I. : Je frappais avec la masse. Et avant on n’avait pas de fer. On trouvait un morceau d’essieu et on le brisait et on en faisait des fers à cheval.
P.P. : Vous le brisiez avec quoi ?
V.I. : Avec le ciseau. Mais il était chauffé auparavant. Il fallait qua ça soit chaud parce que froid ça n’allait pas.
P.P. : Et en dehors des fers à cheval, des carrioles, vous travailliez d’autres objets en fer ? Des gonds, des choses.
V.I. : Non, chacun venait quand il avait besoin de gonds comme ça, il venait, on lui en faisait.
P.P. : Et qu’est-ce que vous aimiez faire le plus ?
V.I. : Des fers à cheval.

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